Le Cob Normand, de la Guerre à l'an 2000.

 

« La distinction du Normand, ses allures hautes et actives en faisaient un cheval de qualité dont l'apogée se situe aux environs de 1900 lorsque le carrossier normand était peut-être le meilleur cheval d'attelage du monde. » (Quittet et Richard, Les Races Chevalines françaises, 1953).

Le Cob, demi-sang normand, est issu des mêmes sources génétiques que ce carrossier normand. L'apport de Pur Sang anglais et de Norfolk au XIXème siècle a contribué à son modèle harmonieux et bien alluré. La sélection d'un modèle plus étoffé conduisit à ce tractionneur léger, compact, qui restait actif et énergique. Ce Cob Normand , très répandu sur la circonscription de Saint-Lô, vit sa proportion augmenter durant les quatre années d'occupation, en raison de l'usage agricole et au détriment du cheval de selle. En 1945, la centaine de Cobs pour la monte représentait 40 % des étalons de la circonscription.

Le plan Marschall poussa ensuite la concurrence mécanique motorisée, menaçant toutes les races de Trait françaises, les condamnant en général à l'alourdissement pour la production de viande.

Le cheval de selle n'était pas épargné non plus, car la guerre, par les blindés et les jeeps, avait définitivement fait abandonner le cheval de remonte pour l'armée . En outre, après la Libération, les autorités gouvernementales ne croyaient guère en l'avenir d'un cheval de loisir ou de sport.

Mais un homme apparut, Monsieur de Laurens de Saint-Martin, directeur du haras de Saint-Lô en 1944. Il sut développer une synergie remarquable entre les hommes de cheval dans la Manche, avec l'essor des Sociétés Hippiques Rurales . Le Cheval de Selle Français commença ainsi sa formidable histoire, par l'utilisation des Purs Sangs Anglais fameux que furent Fra Diavolo, Foudroyant II, Furioso, Ultimate ou Rantzau, notamment sur des juments Cobs.


Si les effectifs du Cob Normand ont décru régulièrement jusqu'en 1995, l'épopée du Selle Français fut loin d'être néfaste à l'orientation de la sélection du Cob Normand. En effet, la possibilité d'utiliser un Pur sang sur une jument Cob, engendrant ainsi un demi-sang, permettait de réorienter l'élevage vers le Selle Français. Pour cela, et en s'appuyant sur la culture des concours modèles et allures de la circonscription, il ne fallait pas alourdir excessivement le Cob Normand, et surtout rester vigilant sur la qualité de ses allures, de ses aplombs et de ses tissus. Cette race récolte maintenant le fruit de ces efforts, car sans s'être allégée, son poids moyen n'a pas augmenté de 300 kg ou plus en 50 ans, comme on le rencontre communément chez d'autres races de Trait, loin du berceau du Selle Français. Cette préservation des qualités originelles du Cob Normand révèle maintenant sa pleine expression au travers des compétitions d'attelages en France.

Le Syndicat du Cob Normand a contribué, ces dernières années à la formation des meneurs et des jeunes chevaux, et la Normandie est pionnière quant à la mise en place d'un circuit de concours de jeunes chevaux, en partenariat avec les Haras Nationaux et la Société Hippique Française.

Le Cob Normand truste ainsi les meilleures places aux Finales Nationales, que ce soit aux championnats de France, aux finales SHF, ou au Trophée National du Cheval de Trait.

La mise en place d'un catalogue des produits proposés, l'organisation de ventes durant le Spécial Cob Normand en août à Saint-Lô et durant les Equidays en octobre à Deauville, la participation aux grands événements Nationaux et Internationaux tels que la route du Poisson, la Foire de Libramont (Belgique) ou les salons du Cheval et de l'Agriculture ont permis ce résultat en 1998 : tous les Cobs Normands à vendre sortis en SHF ont été vendus, ce qui bénéficie à l'ensemble des chevaux dressés à l'attelage.

Le Cob Normand amorce également une percée à l'export, notamment en Belgique, en race pure, ou en croisement d'amélioration avec les Ardennais belges, afin de leur faire recouvrer les qualités d'allures que l'utilisateur se plaît à valoriser.

L'inscription automatique est acquise maintenant selon la règle des 7/8ème de sang Cob Normand, et les objectifs de sélection sont clairement d'améliorer les qualités d'allures et d'aplombs, recherchées pour l'attelage, tout en demeurant l'une des 9 races de Trait française. C'est pourquoi notamment les candidats au concours-achat des étalons doivent impérativement être présentés attelés, sur une reprise de dressage. Depuis 1996, les jeunes étalons nationaux de race Cob Normand effectuent le circuit SHF, jusqu'aux finales nationales.

L'utilisation trop marquée de Pur Sang donne parfois des produits manquant de charpente, à ossature insuffisante, tombant ainsi dans un travers que M. Gayot indiquait il y a 150 ans. Il est plaisant de signaler que certains grands cavaliers-éleveurs de notre région nous ont approchés, en quête d'une bonne jument Cob Normand à présenter à un sire PSA ou Anglo-arabe, en vue d'expérimenter ce qui est davantage monnaie courante en Irlande et qui pourrait reconstituer des têtes de souches en Selle Français.

Le Cob Normand a essaimé en France, avec de bons dépôts aux Haras de la Roche sur Yon, du Pin, ou du Lion d'Angers.

Par une sélection adaptée, le Cob Normand a gardé sa vigueur et sa légèreté. Son élégance et son influx en font le meilleur représentant des races de Trait françaises en attelage . Ce sont là ses meilleurs atouts à l'exportation en Belgique, mais aussi pour l'Italie et l'Allemagne qui seront les marchés du IIIème millénaire.

Attelage de loisir ou de compétition, randonnées montées, utilisation en ville , le Cob Normand, sportif, mais calme et sûr, est bien armé devant ces nouvelles échéances.

Jean-Loup DANVY.